Hogar Social et Bastion Social : le terrorisme fasciste encore une fois à l’honneur de L’Arcadia à Strasbourg

Jeudi 15 février, le local fasciste strasbourgeois L’Arcadia organise une soirée de soutien au Hogar Social, mouvement identitaire et terroriste espagnol. Force est de constater que, après avoir accueillir le théoricien du terrorisme « noir » italien Gabriele Adinolfi le 13 janvier[1], le Bastion Social Strasbourg persévère dans son soutien à la galaxie terroriste européenne, obligeant le quartier de l’Esplanade à devoir héberger dans ses rues des personnages et des initiatives sordides. Il n’y a certes rien de quoi s’étonner : les dirigeants et militants du Bastion Social Strasbourg sont désormais célèbres pour leurs violences et leurs condamnations, certains d’entre eux se sont déjà exposés publiquement avec des armes, se fantasmant en miliciens fascistes, ou avec des véritables appels au meurtre.

Parlons alors des frères espagnols de nos mythomanes strasbourgeois. Qu’est-ce que c’est le Hogar Social ?

Littéralement « Maison Sociale », il s’agit d’un groupuscule d’extrême-droite issu d’une partie des militants du Movimiento Social Republicano (MSR). Ce dernier fut fondé en 1999 a l’initiative de Juan Antonio Llopart, un type qui se définissait comme « un disciple de la ligne des Strasser » (Otto et Georg), c’est-à-dire deux des fondateurs du parti nazi allemand, strictes collaborateurs d’Hitler jusqu’à la purge de 1934. Les liens entre le MSR et le terrorisme « noir » espagnol deviennent officiels en 2004, lorsque le parti accueille sur ses listes électorales 17 néo-nazis affiliés à Blood & Honor et enquêtés pour « association illégale et détention illicite d’armes »[2]. Dans les années qui suivent, le MSR assume de plus en plus une stratégie d’escalade des brutalités. Le 23 mars 2012, les milices du MSR se rendent coupables de l’attaque d’un concert antifasciste dans la salle Stroïka, à Manresa (Catalogne) : des feux de bengale sont jetés dans une voiture alors que les occupants sont encore à l’intérieur. Lorsqu’ils arrivent à s’en sortir, ils sont violentés par les néofascistes : c’est ainsi qu’un jeune de 16 ans est tabassé à 15 contre 1, restant entre la vie et la mort pendant des jours. Deux mois après, 9 des 15 assaillants sont condamnés pour « tentative de meurtre, blessures, incendie et troubles à l’ordre public »[3]. Toujours en 2012, à Tolède (Castille), à l’issue d’une manifestation organisée par la branche jeune du MSR, trois personnes sont poignardées. Les agresseurs sont condamnés à des peines de 7 à 10 ans de prison[4]. Le 2 avril 2014, des jeunes militants du MSR perpètrent une attaque au sein de l’Université Complutense de Madrid, afin de troubler une commémoration des victimes du franquisme. Les locaux universitaires sont ravagés (lancer de chaises, tables et objets d’exposition), un drapeau franquiste est arboré, l’organisateur de la commémoration est battu à coups de chaise. La même semaine, les néofascistes essayent de troubler une autre initiative à l’Université Autonome de Madrid : la conférence d’Ada Colau, porte-parole de la « Plateforme des victimes du crédit hypothécaire », une association qui milite pour le droit au logement, contre la spéculation immobilière et les expulsions[5]. Au bout de deux ans de violences multiples, les enquêtes et les arrestations provoquent une scission au sein du MSR en juin-juillet 2014.

On arrive ainsi au détachement de la branche la plus agressive du MSR et à une clarification de ses nouvelles pratiques, mêlant violence et « social », à l’image de CasaPound en Italie. Des militants du MSR conçoivent et dirigent l’occupation d’un immeuble dans le quartier de Tétouan à Madrid, en août 2014. L’édifice est rebaptisé « Hogar Social Ramiro Ledesma », d’où l’appellatif du nouveau mouvement, Hogar Social. Le mode opératoire est le même qui a inspiré en 2017 le Bastion Social de Lyon : occupation d’un immeuble afin d’y offrir un abri et de la nourriture exclusivement aux Espagnols « de souche » (que d’ailleurs, selon le Hogar Social, seraient inévitablement blancs et hétéros[6]). La revendication principale : l’expulsion de tous les étrangers, qu’ils soient régularisés ou pas. La stratégie est donc la même que celle du Bastion Social et d’autres néofascismes européens (CasaPound, Aube Dorée, etc.) : récupération identitaire de la misère sociale afin de placer « les nôtres avant les autres », et diviser ainsi les exploités pour mieux asseoir le règne de la bourgeoisie nationale. Après l’occupation de l’immeuble, les violences se multiplient dans le quartier de Tétouan. Les témoignages racontent de groupes de plus d’une dizaine de fascistes partant la nuit « à la chasse » des étrangers qui se promenaient seuls dans le quartier afin de les tabasser[7]. Ainsi, un jeune chilien est battu par des skinheads à 5 contre 1 et menacé de mort[8] ; un jeune militant du collectif « Tétouan Ouvrière et Antifasciste » est tabassé par un groupe de skinheads alors qu’il distribuait des tracts[9]. Le climat devenu irrespirable produit ainsi naturellement l’organisation des habitants afin de fermer le QG fasciste, avec la participation de milliers de personnes à une inédite campagne antifasciste de terrain. L’immeuble est finalement évacué le 19 septembre 2014, mais l’opération médiatique du Hogar Social a été efficace, lui permettant de se structurer en tant que mouvement de référence du néofascisme espagnol, tout comme ce que le Bastion Social essaye d’accomplir à l’heure actuelle en France.

Ouvrons une parenthèse sur Ramiro Ledesma, l’homme que les néofascistes espagnols ont choisi pour baptiser leur premier QG. Il s’agit de l’un des théoriciens du national-socialisme espagnol dans les années 1920-1930, idéologie exaltant « les vertus guerrières et héroïques de la race » (pour citer Ledesma lui-même), farouchement anti-ouvrière, anti-syndicale et anti-parlementaire. Tant pour prouver que le national-socialisme espagnol est, lui aussi, l’idiot utile de la bourgeoisie, Ledesma affirmait que la lutte des classes est le premier ennemi du progrès et de l’affirmation de la nation, alors que la collaboration de la classe (le corporatisme fasciste) est inévitable. Inévitable devint aussi le ralliement du mouvement de Ledesma à la Phalange de Primo de Rivera et, peu après, au franquisme. Malgré quelques points de divergences (notamment autour du rôle de l’Eglise dans la société), ceux qui se revendiquent aujourd’hui comme étant disciples de Ledesma approuvent et défendent globalement l’expérience franquiste, c’est-à-dire le mouvement qui a plongé l’Espagne dans trois années de guerre civile et massacres, qui a permis aux nazis allemands de bombarder ses villes, pour ensuite instaurer une dictature sanglante responsable d’avoir plongé l’Espagne dans des conditions socio-économiques dignes du Moyen-Âge.

Depuis l’occupation de Tétouan, le Hogar Social est devenu un mouvement national, mais sa vitrine « sociale » a été largement mise de côté pour multiplier les violences, les provocations, jusqu’aux actes terroristes. En mars 2016, le mouvement a fait parler de lui par sa tentative de récupérer la commémoration des morts de l’attentat de Molenbeek (22/03/2016), par l’introduction de l’amalgame classique « musulmans = islamistes = terroristes » : une trentaine de militants du Hogar Social ont attaqué avec des feux de bengale et vandalisé une mosquée de Madrid[10]. Début 2017, les militants du Hogar Social ont confirmé leur alliance objective avec l’impérialisme, cette fois-ci en essayant de perturber une manifestation en soutien aux réfugiés syriens dans la capitale espagnole[11]. En août 2017, les attentats de Barcelone ont été l’excuse pour la reprise d’attaques des mosquées par le Hogar Social : à titre d’exemple, la mosquée de Grenade (Andalousie) a été encerclée par des néofascistes, fumigènes à la main, et vandalisée de graffitis racistes[12]. Dans certaines villes, le terrorisme des bandes néofascistes est devenu la règle. Particulièrement parlant est l’exemple de la région de Murcia, où des véritables « chasses » sont régulièrement organisées dans les grandes villes par le groupe Lo Nuestro, antenne locale du Hogar Social. Les festivités publiques sont le prétexte pour perpétrer des agressions : celle du 7 février 2016 lors du Carnaval de Cabezo de Torres a provoqué 4 blessés ; auparavant, celle du 7 avril 2015 lors du Bando de la Huerta de Murcia (fête du printemps) a vu les fascistes attaquer en meute 9 antifascistes, tabassés à coups de bouteilles sur la tête, coups avec poing américain, coups de poignard et de machettes… le tout couronné par le groupe de fascistes chantant Cara al Sol, l’hymne phalangiste, sur le sang des blessés. En outre, plusieurs agressions contre des homosexuels ont été perpétrés dans le quartier de Las Tascas à Murcia, toujours par le groupe Lo Nuestro : « ce groupe a l’habitude de sortir chaque fin de semaine, principalement dans la zone de Las Tascas, et c’est assez habituel qu’ils agressent au cours de leurs sorties des personnes pour motifs politiques, pour leur origine ou pour leur sexualité »[13]. Ainsi, « plusieurs membres de ce groupe ont été arrêtés en mars de l’an passé au cours de “l’opération Kabernal” que la Guardia Civil a mené à propos d’une agression de 4 jeunes. Les perquisitions ont mené à la saisie de différentes armes, entre autre un pistolet, plusieurs armes blanches, une dague avec l’inscription “SS Hitlerianas”, une arme blanche de fabrication artisanale type poing américain, une hache maison, 3 couteaux et une matraque télescopique »[14].

La porte-parole du Hogar Social, Melisa Dominguez Ruiz, est aussi un personnage intéressant. Elle s’est fait connaître dans les milieux d’extrême-droite lorsqu’en 2009 elle a fait irruption au tribunal lors du procès de Josué Estébanez pour en réclamer la libération[15]. Rappelons qu’Estébanez était un militaire, sympathisant du parti fasciste Democracia National et responsable de l’assassinat du jeune antifasciste Carlos Palomino : le 11 novembre 2007, à Madrid, alors que Palomino se rendait à un rassemblement, Estébanez l’agressait dans le métro et l’assassinait avec un coup de poignard dans le cœur[16]. Estébanez a été condamné à 26 ans de prison, mais ses actes inspirent encore les milieux du terrorisme « noir » espagnol. La porte-parole du Hogar Social, en effet, ne voit aucun problème à demander la libération d’un assassin certifié. Rappelons aussi que Melisa Dominguez Ruiz a déjà été condamnée suite à une agression raciste : blessures et menaces à l’encontre d’une femme d’origine latino-américaine[17]. Dans tout ça, le tatouage d’une croix gammée qu’elle arbore fièrement à la cheville n’est qu’un détail.

Or, en avril 2017 le Hogar Social a occupé un nouvel immeuble à Madrid, près de Plaza de Colón. Une nouvelle mobilisation antifasciste a vu le jour pour empêcher l’ouverture de l’énième QG de violences de tout genre, de préparation d’actes terroristes, de récupération de la misère sociale pour véhiculer des idéologies racistes. Récemment, un arrêté d’expulsion a été émis contre le groupe d’occupants, c’est pour cela que le Bastion Social Strasbourg organise sa soirée de soutien.

Ce récit des violences qui sont intrinsèques au Hogar Social, de sa naissance au sein du MSR jusqu’à aujourd’hui, suffit à démontrer quelle est la nature des organisations sœurs du Bastion Social en Europe. Le vernis « social » n’est qu’une façade : le vrai but du nationalisme (prétendu) révolutionnaire est de diviser les exploités, installer la terreur parmi les prolétaires et attaquer les militants politiques et syndicaux. Maraudes ou pas, le fascisme demeure le bras armé du capital.

Fermer L’Arcadia est plus qu’urgent. La complaisance de ce local avec le terrorisme « noir » européen doit finir.

Rendez-vous les 3 et 4 mars pour le Week-end contre l’Arcadia et son monde

 

BAF – Brigade Antifasciste de Strasbourg

 

[1] https://bafstrasbourg.wordpress.com/2018/01/06/gabriele-adinolfi-un-terroriste-a-la-cour-du-bastion-social-de-strasbourg/

[2] https://elpais.com/diario/2010/06/01/madrid/1275391461_850215.html

[3] https://elpais.com/ccaa/2012/07/08/catalunya/1341769828_930117.html

[4] http://www.publico.es/actualidad/detenidos-cuatro-miembros-organizaciones-neonazis.html

[5] http://www.publico.es/actualidad/grupo-estudiantil-extrema-derecha-revienta.html

[6] https://www.vice.com/es/article/pp9dd9/una-tarde-con-los-fascistas-futuristas-de-madrid

[7] http://www.publico.es/espana/tensa-manifestacion-madrid-edificio-okupado.html

[8] http://www.abc.es/madrid/20140905/abci-agresion-nazi-okupas-tetuan-201409041814.html

[9] http://www.elmundo.es/madrid/2014/09/07/540b8a97ca47416f5a8b458e.html

[10] http://lahorde.samizdat.net/2016/04/04/espagne-des-mosquees-attaquees-apres-les-attentats-de-bruxelles/

[11] http://www.euronews.com/2017/03/29/hogar-social-the-new-face-of-spain-s-extreme-right

[12] http://www.sudinfo.be/id9439/article/2017-08-23/grenade-des-musulmans-manifestent-contre-le-terrorisme-et-le-discours-anti-islam

[13] http://lahorde.samizdat.net/2017/02/01/murcia-la-fille-agressee-est-une-neonazie-notoire/

[14] http://lahorde.samizdat.net/2017/02/01/murcia-la-fille-agressee-est-une-neonazie-notoire/

[15] https://www.elconfidencial.com/espana/madrid/2016-06-05/melisa-dominguez-ruiz-hogar-social-madrid_1211894/

[16] http://lahorde.samizdat.net/2015/11/12/espagne-8-ans-apres-carlos-palomino-toujours-present/

[17] https://www.elconfidencial.com/espana/madrid/2016-06-05/melisa-dominguez-ruiz-hogar-social-madrid_1211894/

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